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Maison Heinrich Heine
Fondation de l'Allemagne – Maison Heinrich Heine
arts et littérature
Les irréparables
Hélène Cixous

samedi 10 janvier 2015

organisé par le Collège international de philosophie (CiPh) et l’Université Paris 8 en coopération avec la Maison Heinrich Heine

Mais qu’est-ce qui est arrivé au grand Macbeth, ce général victorieux à la carrière brillante ? Un bel homme, aimé des siens, respecté, admiré, comblé d’honneurs mérités, salué par le roi. Il avait tout pour être heureux. Une femme aimante, distinguée comme une noble romaine. Un château magnifique. Et quel beau paysage ! Tout lui souriait. Et voilà que du jour au lendemain, une ténèbre tombe. C’était le lundi qui suivait le triomphe. ÇA ne peut quand même pas être la faute des vieilles sorcières prophétiques ? C’est comme si l’avenir s’était jeté sur lui et lui avait mordu le cerveau avec ses dents empoisonnées. Comme si un télégramme du diable était arrivé. Un mot : Tue ! Une idée horrible vient frapper à la porte de sa pensée. Pensée ? Même pas. C’est comme si la peste avait frappé à la porte de son château. Une seconde d’hésitation. Même pas. C’est comme s’il avait déjà ouvert la porte avant d’ouvrir. À la seconde, il y a eu ce besoin foudroyant de faire ce qu’on ne doit pas faire, et, subitement, ce qu’on ne peut pas faire, on le fait. Et déjà tout est ruiné et décomposé : la raison, le cœur, le sentiment, la nourriture, le sommeil. On ne peut plus ni dormir, ni se réveiller. Le temps n’a plus ni de passé ni de présent. La première seconde lui a été fatale, on ne peut plus qu’aller de l’avant dans le sang. Qui pousse les Macbeth au faux pas, comme s’ils étaient des personnages égarés de Dostoïevski ? Il ne faut pas, et parce qu’il ne faut pas on le fait, nous répète Edgar Poe. Nous aussi nous sommes menacés de tentation. Nous jouons avec l’idée de nous débarrasser d’Albertine pendant des centaines de pages jusqu’au jour où elle est partie et notre malheur est arrivé. Il n’y a pas de retour en arrière. Comment ÇA se fait ?

Shakespeare : Macbeth, King Lear – Dostoïevski : Crime et Châtiment – Derrida : Circonfession, Pardonner – Edgar Poe : Tales – Thomas Bernhard : Le Naufragé – Proust : Jean Santeuil, La Recherche du temps perdu – Hélène Cixous : Homère est morte

Le séminaire continuera en 2015 : les samedis 11 avril, 9 mai et 13 juin

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles

organisé par